Objectifs d’apprentissage

À la fin de ce sujet, l’étudiant devrait être capable de :

  • Définir la réduction des méfaits.
  • Définir les notions d’éthique et de moralité.
  • Discuter de l’éthique professionnelle (en lien avec l’usage d’opioïdes et les troubles liés à cet usage).
  • Décrire comment l’éthique et les normes professionnelles guident les rôles des travailleuses sociales et travailleurs sociaux, des infirmières et infirmiers, et des pharmaciennes et pharmaciens.

Concepts clés

  • Les deux objectifs du prestataire de soins de santé ou de services sociaux sont essentiels aux approches de réduction des méfaits. Ces objectifs sont d’aider et de ne pas causer de préjudices.
  • Les approches de réduction des méfaits s’appuie sur la reconnaissance du fait qu’une certaine activité va se produire, que cette activité comporte des risques et que ces risques peuvent être atténués.
  • La caractéristique distinguant par-dessus tout la réduction des méfaits du traitement dans le domaine de l’usage de substances est que la réduction des méfaits s’appuie sur la philosophie selon laquelle tout objectif de traitement ne permettant de pas de limiter les préjudices associés à l’usage de substances soit mis de côté; il s’agit essentiellement d’une approche exempte de jugement.
  • La morale provient d’une communauté, d’un groupe, d’une religion, etc., mais aussi de notre propre sens du bien et du mal.
  • L’éthique est un ensemble de règles provenant de source externe auxquelles les personnes adhèrent. L’éthique professionnelle est adoptée par les membres d’une profession et oriente leur prise de décisions dans le cadre de leur travail.
  • Les domaines des soins infirmiers, du travail social et de la pharmacie ont différents codes de déontologie et différentes normes de pratique à l’échelle provinciale et nationale. La plupart de ces codes et normes ne traitent pas de la réduction des méfaits en lien avec l’usage de substances.

Réduction des méfaits

« […] [Traduction] En tant que philosophie, la réduction des méfaits vise à changer le contexte moral des soins de santé dont l’objectif principal de traiter les personnes à celui de réduire les méfaits. »
(Pauly 2008, p. 199)

Sur une base quotidienne, les divers professionnels de la santé déploient des efforts et des mesures visant à réduire les méfaits.

Icon of food

Lorsqu’une pharmacienne ou un pharmacien appose un autocollant autocollant « Prendre avec de la nourriture » sur un médicament sur ordonnance, elle ou il s’adonne à une activité de réduction des méfaits.

  • La personne envisage de faire usage d’un médicament (pour une raison médicale, dans ce cas).
  • La pharmacienne ou le pharmacien n’essaie pas d’empêcher l’usage de ce médicament, malgré le risque d’effets indésirables (p. ex., maux d’estomac).
  • La pharmacienne ou le pharmacien suggère une mesure visant à réduire les méfaits associés à l’usage du médicament.

Les approches de réduction des méfaits reconnaissent :

  • qu’une activité va se produire;
  • que cette activité comporte des risques; et
  • qu’il est possible d’atténuer ces risques.

Bien des gens associent la réduction des méfaits aux drogues illégales et à l’usage de celles-ci. Cependant, « [Traduction] ...la réduction des méfaits s’attarde à l’intégration de pratiques qui réduisent les méfaits liés non seulement à l’usage de substance, mais aussi aux facteurs historiques, socioculturels et politiques associés aux réactions que provoque l’usage de substances. » (Pauly, 2008)

Réduction des méfaits et usage de substances

La légalité de certaines drogues, la stigmatisation et la mauvaise compréhension de l’usage de substances ont centré l’attention sur la prévention et le traitement de cet usage et des personnes qui s’y adonnent.

Par définition :

  • La prévention de l’usage de substances/l’abstinence permet d’éviter les méfaits liés à cet usage.
  • Pour une personne qui subit des méfaits liés à l’usage de substances, le traitement (et l’objectif d’abstinence qui en découle) permet aussi de les éliminer.

Cependant, ces approches ne reconnaissent pas que la prévention et le traitement s’avèrent souvent inefficaces. De telles situations nécessitent souvent des interventions. Les interventions visant à réduire les méfaits associés à l’usage continu de substances comprennent, sans s’y limiter :

  • des programmes de distribution de seringues;
  • la distribution de naloxone; et
  • des sites d’utilisation/d’injection supervisés.

Certaines interventions, comme la thérapie par agoniste opioïde (TAO), peuvent porter tant l’étiquette de mesure de réduction des méfaits que celle de traitement, selon la personne concernée.

Les attitudes et l’accès relatifs aux services de réduction des méfaits évoluent au fil du temps.

Icon for injection site

Par exemple, InSite, le premier site d’injection supervisée du Canada, créé en 2003, a dû faire face à plusieurs défis juridiques à l’échelle provinciale et fédérale.

En 2020, seulement neuf ans après qu’InSite ait reçu l’autorisation de la Cour suprême du Canada pour poursuivre ses activités, plus de trente-six sites d’utilisation supervisée ou de prévention des surdoses sont autorisés ou en attente d’autorisation au pays.

Éthique et morale

La morale provient d’une communauté, d’un groupe, d’une religion, etc., mais aussi de notre propre sens du bien et du mal (McKay et Whitehouse, 2015).

L’éthique est un ensemble de règles provenant de source externe auxquelles les personnes adhèrent. L’éthique professionnelle est adoptée par les membres d’une profession et oriente leur prise de décisions dans le cadre de leur travail (Association des infirmières et infirmiers du Canada, 2017).

  • Les membres d’une profession pourraient devoir s’écarter de leur morale pour adhérer à leur éthique professionnelle.
  • Les membres d’une profession pourraient décider de ne pas adhérer à leur éthique professionnelle afin de préserver leur morale.

L’incertitude morale se manifeste lorsqu’une personne soupçonne, sans en être sûre, d’être confrontée à un dilemme moral ou éthique, voire sans connaître les principes moraux ou éthiques en cause.

Un dilemme moral survient lorsqu’au moins deux principes moraux ou éthiques entrent en conflit flagrant; il ne mène à aucun dénouement satisfaisant, car il implique un certain compromis.

La détresse morale se produit lorsqu’une personne sent qu’il existe une marche à suivre adéquate, qu’elle ne peut adopter en raison de contraintes professionnelles, institutionnelles ou sociales.

  • Cette situation peut engendrer des résidus moraux, qui peuvent s’accumuler au fil des incidents et provoquer davantage de détresse chez la personne concernée.

Pour les professionnels de la santé et des services sociaux, les facteurs suivants peuvent compliquer la prise de décisions professionnelles quant aux activités de réduction des méfaits :

  • des lacunes en matière d’éducation;
  • des changements rapides à la réglementation sur les drogues;
  • des changements rapides aux politiques; et
  • un changement de perception des clients et du public quant à la réduction des méfaits.

La plupart des codes de déontologie et des normes éthiques professionnels ne traitent pas précisément de « réduction des méfaits » et n’offrent aucune orientation sur le sujet. Il est donc nécessaire d’appliquer ceux-ci à la réduction des méfaits.

Réduction des méfaits dans l’éthique et les normes professionnelles en sciences infirmières

Nurse speaking to mother and her teen daughter.

L’Association des infirmières et infirmiers du Canada publie le Code de déontologie des infirmières et infirmiers (la dernière édition de celui-ci date de 2017).

  • Bien que ce document traite de la prévention des méfaits en divers contextes, l’usage de substances n’est pas un des contexte traité et l’expression réduction des méfaits n’y figure pas.
  • Par ailleurs, les normes de pratique élaborées par le Conseil canadien de réglementation des soins infirmiers auxiliaires ne traitent pas précisément de réduction des méfaits ni d’usage de substances.
  • Les ordres professionnels et organismes de réglementation provinciaux et territoriaux orientent les membres vers la documentation éthique et normative nationale en matière de soins infirmiers.
  • L’organisme de réglementation ontarien, l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario, a inscrit la réduction des méfaits parmi 15 nouvelles compétences à acquérir (2018, p. 5, article 1.16, en vigueur depuis septembre 2020).

Réduction des méfaits dans l’éthique et les normes professionnelles en travail social

Social worker making a house visit.

L’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS) publie plusieurs politiques et énoncés de position sur son site Web, qui soutiennent notamment la place prépondérante de la réduction des méfaits dans les politiques fédérales en matière de drogues.

  • Les Lignes directrices pour une pratique conforme à la déontologie de l’ACTS ne traitent pas précisément de réduction des méfaits.
  • En plus de ce document national de déontologie, adopté par plusieurs organismes provinciaux, ces organismes de réglementation provinciaux publient leurs propres normes de pratique et d’autres documents liés à l’éthique.
  • La plupart des organismes de réglementation provinciaux ne traitent pas précisément de réduction des méfaits, mais l’Alberta College of Social Workers a publié le document Your Professional Duties around Overdose Response Kits (Vos devoirs professionnels liés aux trousses d’intervention en cas de surdose) sur sa page de ressources en matière de normes et d’éthique.

Réduction des méfaits dans l’éthique et les normes professionnelles en pharmacie

Pharmacist helping man with his medication/prescription.

Active à l’échelle nationale, l’Association des pharmaciens du Canada (APhC) publie une série de sujets dans sa section Pratique professionnelle et représentation. En ce concerne la crise des opioïdes, l’APhC décrit les mesures que les pharmaciennes et les pharmaciens peuvent prendre pour s’y attaquer, dont la réduction du mauvais usage d’opioïdes et le suivi de l’usage d’opioïdes.

  • En plus de leur transmettre de l’information sur la naloxone et son administration, l’APhC indique que les pharmaciennes et les pharmaciens devraient s’engager à « soutenir les stratégies de réduction des méfaits afin d’aider les personnes vivant avec une dépendance. »

À l’instar des autres professions, la plupart des codes de déontologie/normes de pratique ne traitent pas précisément de réduction des méfaits; cependant, nombre d’organismes de réglementation provinciaux fournissent des ressources en cette matière à leurs membres, en particulier sur la naloxone, que les pharmacies peuvent offrir depuis 2016.

Questions portant à la réflexion

Après avoir parcouru ce contenu, veuillez porter attention à ce qui suit :

Scénario 1 – Pharmacienne/Pharmacien

C’est vendredi soir, et vous êtes sur le point de fermer pour le week-end lorsqu’un patient entre dans votre pharmacie pour vous demander de renouveler son ordonnance d’opioïdes. Vous lui dites que son ordonnance ne comporte aucun renouvellement, mais il vous demande assez de médicaments pour traverser le long week-end. Lors des derniers renouvellements, ce client s’est présenté 2 ou 3 jours d’avance. Il soutient qu’il subit déjà de graves douleurs et symptômes de sevrage des opioïdes. Il a rendez-vous avec son prescripteur le mardi suivant à la première heure et aucun autre service médical n’est accessible dans cette région rurale.

Quelle marche à suivre allez-vous adopter?

Est-ce un exemple de dilemme moral ou de dilemme éthique?


Scénario 2 – Infirmière/Infirmier

Vous travaillez dans une clinique rurale dirigée par du personnel infirmier (vous pourriez être une infirmière praticienne/un infirmier praticien ou une/un IA qui n’est pas IP). Le médecin clinique régulier que vous consultez n’est pas présent ce jour-là. Un patient bien connu du personnel et dont l’usage de drogues non réglementées est connu arrive en quête d’un analgésique – un opioïde. La situation se produit régulièrement. Dans vos évaluations du patient au fil du temps, il vous semblait que sa douleur n’est pas du tout bien gérée. Cependant, vous savez que le médecin auquel vous demandez conseil est très méfiant lorsqu’il s’agit de prescrire des opioïdes aux personnes qui font usage de drogues non réglementées. Vous avez plusieurs fois tenté de défendre les intérêts du patient, mais en vain. L’arrivée de ce patient à la clinique vous occasionne beaucoup d’anxiété. Ce jour-là, il est d’ailleurs très colérique et agité (Smye, 2020).

Quelle marche à suivre allez-vous adopter?

Consultez les guides et les normes susmentionnés ainsi que ceux et celles de vos associations professionnelles afin d’appuyer votre décision.


Références

Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (s.d.). Résolutions et énoncés de position. https://www.casw-acts.ca/fr/policy

Association des infirmières et infirmiers du Canada. (2017). Code de déontologie des infirmières et infirmiers autorisés. https://www.cna-aiic.ca/fr/pratique-soins-infirmiers/ethique-infirmiere

Association des pharmaciens du Canada. (s.d.). Défense des intérêts – La crise des opioïdes. https://www.pharmacists.ca/representation/enjeux/la-crise-des-opioides/?lang=fr

Coalition canadienne des politiques sur les drogues. (s.d.). Réduction des méfaits. https://drugpolicy.ca/fr/our-work/issues/harm-reduction/

Conseil canadien de réglementation des soins infirmiers auxiliaires (CCRSIA). (2013). Standards of practice for licensed practical nurses in Canada. https://www.clpna.com/wp-content/uploads/2013/02/doc_CCPNR_CLPNA_Standards_of_Practice.pdf

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MacKinnon, S. et Pearson, S. (2018). Update: Your professional duties around overdose response kits. The Advocate, (Winter). https://acsw.in1touch.org/uploaded/web/website/Naloxone%20Update%20ACSW%20Advocate%20Winter%202018-pages-12-13.pdf

McKay, R. et Whitehouse, H. (2015). Religion and morality. Psychological Bulletin, 141(2), p. 447.

Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario. (2018). Les compétences requises par les infirmières autorisées pour accéder à la pratique. http://www.cno.org/globalassets/docs/reg/41037-entry-to-practice-competencies-2020.pdf

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Smye, V. L., Browne, A. J., Varcoe, C. et Josewski, V. (2011). Harm reduction, methadone maintenance treatment and the root causes of health and social inequities: An intersectional lens in the Canadian context. Harm Reduction Journal, 8, p. 17.

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